Terrorisme: Fusillade de Strasbourg et peur de futurs attentats

Hier soir, une fusillade a eu lieu à Strasbourg. Le contexte de cet acte terroriste me semble un peu curieux. L’homme responsable de cet acte meurtrier est vraisemblablement fiché S. Initialement recherché par la Gendarmerie pour une tentative de vol à main armée réalisée fin août dernier, il est introuvable. J’imagine que cet homme qui échappe aux forces de l’ordre s’est mis en colère au point de commettre l’irréparable. Et, ainsi, de raviver une angoisse du terrorisme dans tout ou partie de la population.

Soit écrit en passant, je pense que cet acte terroriste est un acte isolé. Du terrorisme d’opportunité. Lequel, bien sur, les abrutis d’Al Qaida vont s’empresser de revendiquer. Défaits comme ils sont, ces extrémistes sont prêts à revendiquer le pet malodorant d’une mésange.

Cela semble étonnant de parler d”angoisse du terrorisme dans mon blog. Mais c’est d’une réalité quotidienne dont il s’agit. Le terrorisme ne relâche que peu son étreinte. J’en veux pour preuve cette longue liste d’attentats somme toute assez récents. Affaire dramatique en Australie. Menaces terroristes dont Hollywood et Sony sont victimes à cause de la diffusion d’un film. La menace constante du terrorisme véhiculé par les talibans. L’attentat meurtrier dont des enfants sont victimes au Pakistan. En bref, l’angoisse du terrorisme fait partie intégrante de notre quotidien.

J’en veux pour preuve que sur le seul territoire français le plan “Vigipirate” (créé en 1978) ne se relâche pas depuis 2003. Pour certains d’entre nous, le terrorisme fait partie du quotidien. Il génère pour d’autres une véritable angoisse du terrorisme.

Tout comme vous, je suis de nouveau Interpellé par la résurgence d’actes de terrorisme. Je m’y intéresse d’autant plus que, récemment, une personne fortement angoissée à ce propos. Je vais donc essayer de vous expliquer comment gérer la peur des attentats.

Définition du terrorisme

Au contraire de ce que tendent à nous faire savoir la plupart des dictionnaires et organes de presse, le terrorisme n’est pas un acte violent assujetti à la seule mort. Je m’explique.

Définition de l'angoisse du terrorisme

Définition du terrorisme – Plaisir de nuire

Par définition, le terrorisme, sous quelque forme qu’il soit, a vocation à faire peur pour en tirer un bénéfice. Il va ainsi des actes barbares et sanglants qui tuent des gens. Mais il en va aussi du terrorisme dans les relations sociales, affectives, sentimentales ou économiques.

Il s’agit donc de faire si peur à l’autre que le terroriste vise à bloquer tout système de défenses chez son adversaire. Le terrorisme a donc pour vocation d’annihiler l’autre. De le réduire. Voire de l’occire. De le tuer. Même symboliquement. Il s’agit d’exercer un pouvoir. Celui de droit de vie et de mort. Convenez alors qu’il y a matière à l’angoisse du terrorisme.

Dès lors, la seule façon de répondre au terrorisme tient-elle dans cette célèbre citation de Charles Pasqua quand il était ministre de l’intérieur. Petite précision, je n’aime pas ce défunt monsieur. C’est juste ce qu’il a dit à propos du terrorisme que je trouve génial.

L’angoisse du terrorisme

Nos systèmes sont dominés par les questions de pouvoir. Et qui dit pouvoir dit. argent. Ne dit-on pas d’ailleurs que l’argent et le sexe dominent le monde? Combien d’hommes – au sens humain du terme – sont-ils capables de résister à l’attrait de l’un ou de l’autre?

Un certain nombre de gens, et de systèmes, tentent constamment d’exercer leur pouvoir sur les autres. Celles et ceux qui se sentent pas en situation de s’affirmer en nourrissent un certain nombre d’angoisses. Peur de ne pas pouvoir – ou ne pas savoir – s’affirmer. De s’opposer à quelqu’un. Ou à un système qui les contraint à faire quelque chose qu’ils ne veulent pas faire.

C’est comme cela que les pervers pratiquent assidument le terrorisme. Que les racketteurs le pratiquent aussi. Que certains politiques en abusent. Le tout reposant, bien sur, sur des techniques éprouvées de manipulations émotionnelles. Lesquelles ne font qu’aggraver l’angoisse du terrorisme sous quelque forme que ce soit.

Attentat terroriste: Rien n’est le fruit du hasard

Un bourreau ne choisit jamais sa victime par hasard. Le terroriste a tout intérêt à “jouer” avec les angoisses du manipulé. En progressant à pas comptés, le terroriste fragilise progressivement sa proie jusqu’à lui montrer sa détermination.

Il est ainsi des menaces proférées à l’endroit de Sony au sujet de la diffusion d’un film. Les producteurs et distributeurs du film sont trés clairement menacés.  Si vous diffusez ce film, nous faisons exploser des bombes dans les salles de cinéma. Et le message pour appuyer cette menace est très clair. Je cite: « Rappelez vous du 11 septembre » (Film de Sony: « L’interview qui tue« ).

La menace et le passage à l’acte. Ainsi ferrée, la victime nourrit donc des angoisses. Voire des crises de panique terribles. Elle anticipe, projette, à l’idée des conséquences du problème en cours.

Sony victime d'angoisse du terrorisme?

Film: “L’interview qui tue!”

Un tel message et une telle menace invitent les victimes à se conformer aux ordres donnés par les terroristes. Ce qui, pour autant, n’empêche pas les terroristes de réitérer leurs exigences. Au même sujet. A propos d’un autre, ultérieurement. Comme le chantage, le terrorisme n’a jamais de cesse.

Ainsi se crée une vague de peurs. Une sorte de tsunami émotionnel récurrent à propos duquel les victimes se mettent à avoir peur. Les victimes alimentent leur angoisse du terrorisme. J’en veux pour preuve cette patiente qui, récemment me confie sa peur d’être victime d’actes terroristes. A l’approche des fêtes de fin d’année, elle a peur d’un attentat dans le métro. Elle craint un détournement d’avion.

Comment vaincre la peur du terrorisme

Ce que je vais écrire risque de vous faire réagir. En effet, les terroristes n’attaquent jamais quelqu’un ou des systèmes par hasard.

Pour le terroriste, il est nécessaire que la personne ou le système à terroriser soit reprochable. Il convient donc de travailler sur la culpabilité d’une personne ou d’un système. Sur les inégalités. Sur des reproches que l’on puisse lui adresser. Et qui, bien sur, lui fasse craindre la peur du jugement.

Par exemple, un bailleur terroriser ses locataires si ces derniers sont en situation irrégulière. Auquel cas, le bailleur est un “vendeur de sommeil”. En plus d’être un salaud. L’intéressé menace des locataires de dénonciation si ces derniers sont en délicatesse avec la police des frontières. Je pense à un problème de titre de séjour. Le bénéfice pour le bailleur est de faire payer plus. Tout en imposant des conditions de vie épouvantables et contraires à la dignité humaine.

La question se pose donc de savoir comment ne pas être victime de terrorisme. Celui-ci s’exprime dans toutes sphères d’un individu. Qu’enfin, cerise sur le gâteau, le terrorisme ou son imminence n’est pas connue de la victime. Cette dernière a donc toutes les raisons d’être vivement angoissée. Partant, de souffrir de crise de panique si, d’aventure, la menace se fait plus pressante.

Comment gérer la peur des attentats

Il n’existe que peu de moyens de se protéger d’actes terroristes:

  • Il faut être inattaquable
  • N’avoir rien ni personne à perdre
  • N’exercer soi même que peu voire pas de pouvoir ou d’autorité

En bref, n’être rien ni personne.

Terrorisme: Le principe de l’effet de surprise

Angoisse du terrorisme. Vaincre la peur des attentats

Angoisse du terrorisme – Vaincre la peur

Toutes les actes de terrorisme violent reposent sur l’effet de surprise. Et, à ce propos, ma patiente, forte des informations relatées par la presse quant aux derniers et tragiques évènements, a toutes les raisons de s’angoisser puisqu’elle a peur que des actes soient fomentés sur le territoire français et ce d’autant plus que le gouvernement a clairement laissé entendre qu’il fallait… s’y attendre.

Cette dame nourrit donc son angoisse du terrorisme sur la foi d’annonces qui ont pour vocation de prévenir. D’informer. Ces informations sont véhiculées par un système réputé faire autorité alors que ce même système ne peut pas tout contrôler.

Partant de l’idée qu’il peut effectivement arriver n’importe quoi n’importe quand – je peux tomber dans un escalier et me tuer -, je suggère à ma patiente de se servir de l’exercice du pire. L’idée réside dans le lâcher prise et l’acceptation que l’on ne peut pas contrôler ce que l’on ne sait pas. Il s’agit donc de cesser d’anticiper.

Les attentats sont le miroir du climat social

Les attentats à Paris, dont celui du vendredi 13 novembre 2015 à Paris nous rappelle combien se sentir en sécurité dans ce monde est devenu difficile. Voire promis à l’échec.

Un climat d’insécurité patent, et croissant, règne sur le monde. Qu’il s’agisse de crise économique, de crise sociale, de crise de l’emploi. Tout cela renforce et majore les angoisses consécutives à des moments de folie et de tragédie. A titre d’exemple, je pense à cet attentat odieux et lâche commis dans le quartier du Bataclan à Paris.

Notre est composée d’adultes et d’enfants. Lesquels font buvards avec les émotions des adultes. Dans le cadre de la fusillade de Strasbourg, cet d’une façon plus générale, il est important de penser à eux. Ce qu’il s’est passé à Strasbourg a eu lieu sur le Marché de Noël. Lieu où, sans doute, des enfants se trouvaient. Quelle est donc la perception que les enfants ont de tels dramatiques évènements?

Je vais donc vous expliquer quoi dire, et comment dire, à vos enfants de quoi il retourne à propos d’un attentat. Et aussi quel comportement adopter face à la peur d’être victime d’un attentat. Ou que l’un de vos proches soit victime d’attentats.

Quelle vision les enfants ont-ils du terrorisme

Vos enfants ont des émotions chaque jour. Comme les adultes. Nos enfants éprouvent chaque jour des sentiments qui dépendent et se construisent au fur et à mesure des inter relations entre eux et vous, comme entre les autres et eux. Ces émotions les invitent à constamment s’ajuster à ce qu’ils comprennent. ce qu’ils pensent de ce que l’on attend d’eux, en termes de comportements sociaux. De comportements affectifs. De comportements scolaires, etc. Cela fait partie de l’éducation.

Ces émotions leur font vivre des expériences à propos desquelles ils vont s’affirmer. Prendre des risques ou non. Ou encore inhiber leur comportement réponse. Il va de soi que vos enfants, tout comme vous, n’ont de cesse de réagir par rapport à ce qu’ils comprennent d’une information. Quant à la façon de la gérer. De l’administrer . Quant à la façon dont ils comprennent que leurs réactions ont comme effet sur les autres.

Les enfants s’imprègnent du comportement des adultes

Vos enfants ne réagissent pas de la même façon si c’est vous qui êtes présent. Ou s’ils sont en présence de camarades ou d’enseignants. Vos enfants réagissent donc en fonction de ce qu’ils savent que les adultes attendent d’eux. Cet ensemble d’inter actions quasi constante paramètre la vision que votre enfant a du monde qui l’entoure.

Cette vision des choses est conditionnée en fonction des émotions qu’ils perçoivent chez vous. Partant, de votre propre réaction au monde. De fait, c’est en fonction de ce que vos enfants comprennent de vos réactions par rapport aux attentats qu’ils réagissent d’une façon ou d’une autre.

C’est donc en fonction de l’âge de vos enfants, des circonstances, et de vous même, que vous vous adaptez pour verbaliser votre vision des attentats. De fait, il vous faut exprimer vos émotions. Mais aussi faciliter celles de vos enfants. Puis réguler votre système familial de sorte à ce que les non dits soient moindres et les peurs mieux appréhendées. Facile à dire, mais comment faire?

Comment parler des attentats à vos enfants

Il est important de parler avec vos enfants de toutes les informations qu’ils reçoivent et perçoivent à propos des attentats. Ainsi, avant même de leur exprimer comment vous ressentez ces attentats, les émotions que cela suscitent en vous, il est important de leur demander ce qu’ils comprennent de cette dramatique situation. Partant, de les aider à verbaliser leur vision des choses.

A cette fin, quoi de plus simple que de poser des questions à vos enfants? Demandez leur comment ils perçoivent la situation. Posez leur la question de savoir comment ils interprètent ce qu’ils voient ou entendent à ce propos. Demandez leur ce que cela évoque pour eux. Demandez leur ce que, émotionnellement, ils ressentent par rapport à toutes ces images liées à la fusillade de Strasbourg. Ou à tout autre attentat.

A chaque fois que vos enfants expriment leur vision d’un acte terroriste, reprenez chaque chose qu’ils expriment. Puis reprenez ces mots et recadrez par rapport à la réalité. Il est important que l’enfant fasse la différence entre sa façon de voir les choses et la réalité. Si, par exemple, votre enfant dit qu’il a peur, demandez lui ce qui lui fait peur. Sont-ce les mots “attentats”, “police”, “terroristes”, “terrorisme”, “fusillade”? Sont-ce d’autres mots qu’ils prononcent ou entend qui leur font peur? En quoi cela leur fait-il peur?

En fait, ce qu’il convient de faire en pareille situation, qu’il s’agisse d’attentats, ou de tout autre fait violent dont votre enfant est le spectateur direct ou non, c’est de l’aider à vider la poche de ces ressentis. De ses émotions. Je m’explique.

Terrorisme: L’imaginaire des enfants

Imaginez que le images perçus par votre enfant, comme les propos que votre enfant entend, sont stockés dans une sorte de poche qui se remplit au point, parfois, d’être pleine à craquer. Quand j’écris cela, je laisse entendre que votre enfant perçoit tout un tas de ressentis et d’informations habituelles ou non. Or, il ne sait pas nécessairement, de façon naturelle, comment les exploiter. Où les classer. Comment les administrer. C’est l’avenir qui le lui indique.

Pour limiter tout trouble à venir, je vous invite à aider votre enfant à vider ses poches. Ainsi, vous participez à ce que les émotions et informations reçues soient moins douloureuses. Que votre enfant, en confiance, et grâce à vous, puissent se sentir plus détendu face à ce qu’il reçoit comme une violence. Que celle-ci soit ou non liée à un attentat.

Pour aider à cette verbalisation, il est important de vous adapter à votre auditoire. Moi même, j’emploie cette technique. Elle consiste à apaiser les angoisses de personnes victimes d’attentats ou d’agression. C’est de la PTSD. Post Traumatic Stress Disorder.

Ne pas avoir peur d’exprimer son angoisse face au terrorisme

Vous ne parlez pas à un enfant de 6 ans comme à un autre de 10 ans. Employez des mots compréhensibles. Assurez vous que votre enfant comprend ce que vous lui dites. Donc, assurez vous, en lui posant des questions, qu’il comprend les informations que vous lui transmettez. Dans le cas contraire, cela génère du désordre émotionnel dont votre enfant ne sait que faire. Si votre enfant ne semble pas comprendre, reformulez votre propos jusqu’à être certain qu’il comprend.

Il est important que vous exprimiez votre point de vue. Vital de partager vos émotions avec votre enfant. Il ne s’agit pas de lui faire peur. Il s’agit de lui montrer que la peur est normale. Humaine. Dès lors, autant que faire se peut, essayez d’être honnête. Exprimez votre angoisse – éventuelle – quant à votre perception de cette fusillade. Ou de toute autre forme d’attentat.

Partagez votre vision sociale. Votre notion du bien et du mal. Celle liée à la légitimité ou à l’illégitimité d’un acte ou d’un comportement. Exprimez vous de façon simple. Sans faire un cours de géo politique. Épargnez vous des discours primaires sur les religions, les différences culturelles, ou les races.

Ne craignez pas non plus d’exprimer votre peur de prendre les transports. Ou de vous promener en ville. Précisez que le danger est partout. Par exemple, qu’à propos d’attentats éventuels, c’est une fatalité que vous êtes impuissant à contrôler. Comme une chute dans un escalier. Si vous même avez peur au point de vous sentir mal, de ne plus vous maitriser, n’hésitez pas à consulter.

Conserver son humanité face à la peur d’attentats

Comment rester humain face au terrorisme

Angoisse du terrorisme

En fonction d’activités sociales ou professionnelles, si vous êtes, même indirectement, confronté à la violence du terrorisme, n’hésitez surtout pas à en parler à un professionnel. Si vous exercez des fonctions de police, êtes personnel hospitalier, personnel des services d’urgence – pompiers, médecins, infirmiers, etc -, ne vous isolez pas. Ne vous “réfugiez” pas derrière vos fonctions. Ne vous interdisez pas le droit d’avoir peur.

Essayez d’être simple, honnête et gentil avec vous même. Au sens des émotions que vous ressentez réellement. Essayez d’être simplement humain. Précisez à votre enfant que vous l’aimez. Que vous êtes toujours là pour le protéger. Et ceci, même si vous savez que la violence du monde est le reflet de notre société. Et que, partant, vous ne pouvez pas tout épargner à votre enfant. Ni à vous même.

Prenez le temps de maitriser l’angoisse qui, parfois, vous étreint. Contrôler l’angoisse, c’est ne pas lutter contre. C’est accepter ce qu’on ne peut pas changer. Et ne changer que ce que l’on peut. Sans se faire violence. Dans le respect et l’amour de soi, comme des autres.

« Si l’entourage a la sagesse de maîtriser ses angoisses, c’est le meilleur des remparts pour l’enfant », selon Jean-Luc Aubert, psychologue, spécialiste de l’enfant et de l’adolescent.

| Frédéric Arminot

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