Comme souvent en pareille situation, la jeune femme qui passe la porte de mon cabinet semble avoir peur. Peur que je la juge? Que je lui dise qu’elle est folle? Que son cas est désespéré? Je ne sais pas. Mais, ce que je comprends très vite, c’est que Amina (prononcez Yamina) est victime de phobie d’impulsion sexuelle.
Amina a peur de faire du mal à ses enfants en termes sexuels. Elle a donc peur d’être pédophile et, ensemble, nous allons donc répondre à la question de savoir quel est le meilleur traitement de la phobie d’impulsion sexuelle.
Mère de 2 enfants, elle est mariée depuis moins de 10 ans. Amina se sent particulièrement honteuse et coupable de la phobie d’impulsion qu’elle subit. En effet, sa phobie d’impulsion s’exprime par une excitation et un désir sexuel à l’endroit de ses enfants. Et, bien sur, Amina a peur de passer à l’acte. Je parle du cas d’Amina dans une vidéo sur Youtube.
Angoissée en permanence, Amina évite toutes les situations où elle est susceptible d’être en contact physique avec l’un de ses enfants qui ont 7 et 9 ans ce qui rend la relation encore plus difficile. Les enfants de cet âge ont envie de monter sur les genoux de leur maman, en toute innocence.
Cette femme est mortifiée à l’idée de les éviter. Voire de leur interdire d’agir de la sorte. Amina a peur que son corps réponde sexuellement. Alors, elle limite tout contact avec ses enfants. Elle cherche à éviter que la phobie d’impulsion n’apparaisse. Cela devient une obsession. Un toc.
Amina se sent profondément coupable et honteuse d’avoir de telles pensées. Alors, je lui demande de me parler d’elle. De m’expliquer ce qu’il se passe. Grâce à ses explications, nous comprenons pourquoi, et comment, est née cette peur d’être pédophile. Et pourquoi, vraisemblablement, cette peur de faire du mal à ses enfants se fixe au niveau sexuel.
Phobie d’impulsion sexuelle : un problème d’estime de soi
Yamina est mariée depuis près de 10 ans avec un monsieur dont c’est le second mariage. Je dirais plutôt le troisième. Vous allez comprendre pourquoi. De sa précédente union, le mari de Amina a eu plusieurs filles. Il semble entretenir avec chacune d’elle une relation assez fusionnelle.
Ce monsieur exerce une activité professionnelle dite de « services ». Ce qui l’amène à rentrer tard la nuit. Voire tôt le matin. Ses horaires de vie sont donc décalés par rapport à ceux de son épouse et de leurs enfants. Les moments d’intimité sont rares. Ou, à tout le moins, pas aussi fréquents qu’Amina le souhaite.
Elle m’explique qu’elle rencontre son mari dans leur pays d’origine. Lui vit déjà en France et vient de divorcer. Elle « tombe » amoureuse assez rapidement.
Il y a 10 ans d’écart entre eux. Ce qui ne pose pas de problèmes particuliers. Rapidement, l’idylle naissante, Amina se rend compte que son futur mari est assez indépendant. Elle en conçoit une certaine peur. Celle de voir l’homme qu’elle aime vivre sa vie. Et se désintéresser de son épouse.
Ce qui renverrait cette patiente à cultiver d’elle une estime de soi déclinante.
Phobie d’impulsion sexuelle : un lien de causalité
Arrivés en France, les nouveaux époux s’installent à Paris. Au début, tout va pour le mieux. Assez rapidement, un premier enfant naît de cette union. Puis un second. Amina cultive pourtant le sentiment d’être peu aimée par son compagnon. Elle s’en sent responsable. En fait, celui-ci s’occupe assez souvent de ses enfants issus d’un premier lit. Cette situation déplait à Amina. Elle s’en plaint à son mari. Celui-ci la rassure quant à ses intentions. Il n’a nul désir de la quitter. Pour lui, tout va bien.
Amina ne peut s’empêcher d’être jalouse. Jalousie motivée par le temps que ses beaux-enfants prennent à ses enfants à elle. Jalouse du temps et de l’amour qu’elle pense que son mari n’accorde pas à sa propre famille. Celle du couple marié. Amina se plaint. Son mari s’agace. Elle s’angoisse. Dort mal.
Amina a des désirs que son époux n’entend pas toujours satisfaire. Il est seul à travailler. Quand il rentre tard, ou tôt, du travail, il ne faut pas le réveiller. Amina et son mari sont parfois seuls. Sans les enfants. Ils sont susceptibles de partager des moments d’intimité. Le mari s’y refuse. Puis, il part travailler. Amina se sent frustrée. Elle s’en veut de penser à mal au sujet de son couple. Elle est malheureuse.
La peur d’être pédophile
Un jour, Amina se rend compte que la présence de son fils sur ses genoux génère chez elle quelque chose qui la dérange. La première fois, elle passe outre. Pas la seconde. Et ce d’autant moins que Amina se sent presque envahie de désir comme avec son mari. Elle est très perturbée. Elle n’ose bien évidemment pas en parler à son compagnon. Cette situation se renouvelle de plus en plus souvent.
Bien que de façon très irrégulière. Yamina se sent sale. Mauvaise. Elle se répugne me dit-elle. Et ce d’autant plus que sa jalousie à l’endroit de ses beaux-enfants augmente. Elle est de plus en plus en colère après ce mari qui n’entend pas. Elle se dit qu’elle n’est pas normale.
Jusqu’à ce qu’un évènement aggrave ce qui nourri sa peur de faire du mal à ses enfants. Sa peur d’être pédophile. Amina est informée d’un choix culturel et affectif de son mari. Et ce choix ancre, encore plus, que Amina n’est pas une bonne personne. C’est le propre de la phobie d’impulsion.
Peur de faire du mal à ses enfants : une solution étonnante
Un après-midi, le mari de cette patiente l’informe qu’il va être absent pendant plus de 3 semaines. Le mari de Amina décide de prendre une seconde épouse au pays (cf. bigamie). Cette femme vit là-bas. Lui fera des allers retours entre la France et ce pays.
Amina est effondrée. Elle considère qu’elle a désormais la preuve que son mari désinvestit la relation de couple. Comme la vie de famille. Elle n’est pas une bonne épouse. A son sens. Dans le cas contraire, pourquoi son mari irait-il allé « voir ailleurs »?
Comme à l’accoutumée, je me garde bien de rassurer Yamina sur les intentions de son époux. Délibérément, j’en reviens à la phobie d’impulsion. Il m’intéresse de savoir comment fait cette femme quand elle y est confrontée. Yamina m’expose ses tentatives de solutions. Toutes plus improductives les unes que les autres.
Entre la colère, la tristesse, les angoisses, Amina a toutes les raisons d’être dévastée. Du fait de ses phobies d’impulsion, elle a la certitude d’être une mauvaise femme. Une mauvaise mère aussi. Elle se pense pédophile. Les solutions que nous allons être en place vont être difficiles pour ma patiente. Je lui demande de faire tout le contraire de ce qu’elle fait pour contrôler son problème.
Comment vaincre la peur d’être pédophile ou incestueux ?
Amina ne cesse de contrôler ses comportements comme ses émotions. Elle fait tout pour ne pas être confrontée à sa phobie d’impulsion, à sa prétendue pédophilie. Ce qui ne la protège nullement d’angoisses. Voire de symptômes d’anxiété.
Progressivement, je demande à Yamina de laisser libre cours à tout ce qui lui pose problèmes. Ce qui ne signifie pas que je lui demande de se livrer à des attouchements sur ses enfants. Je lui demande d’adopter une stratégie comportementale particulière laquelle a vocation à éliminer ses symptômes de pédophilie. Tous les moyens sont bons pour combattre sa peur d’être pédophile.
Je demande à cette patiente de délibérément explorer les contrées noires de ses problèmes. De s’imaginer pédophile. Je sais, c’est de la folie. Mais c’est une question stratégique. Ce n’est pas une mise à l’épreuve. Il faut du temps avant que les effets d’une telle stratégie émergent. Amina s’accroche.
Elle s’accroche d’autant plus que force lui est de constater que ses symptômes de phobies diminuent. Même s’il est vrai que, dès qu’Amina minore un symptôme, son problème revient avec plus de force. Dans l’intervalle, ses relations avec son mari s’installent dans une sorte de statu quo d’autant qu’elle a désormais peur d’avoir des relations sexuelles avec son mari.
Vient ensuite le moment où Yamina prend acte de sa dépendance tant affective que matérielle à son mari.
Incomprise et courageuse
A mon grand étonnement, alors que je pense qu’il est prématuré que cette femme courageuse envisage les moyens de son autonomie, elle s’inscrit à une formation professionnelle. Son mari n’en voit pas l’intérêt. A diverses reprises, il tente de l’en dissuader. Au bout de quelque mois, Yamina trouve un travail. Ses relations avec ses enfants sont plus apaisées. Elle a moins peur. Ses symptômes de pédophilie sont archivés au rayon des vieux souvenirs.
Les consultations s’espacent jusqu’à ne plus exister. Un jour, Yamina me téléphone. Elle ne va pas bien. Elle décide de quitter son mari. Lequel se montre de plus en plus distant. Pas concerné. C’est d’autant plus difficile pour Amina que, jamais, sauf à moi, elle ne parle de sa peur d’être pédophile à qui que ce soit.
Phobie d’impulsion sexuelle : vaincre la honte et la culpabilité
Trop de honte. Trop de culpabilité. A plus forte raison quand on sait que le désir exprimé à l’endroit d’un enfant mineur est fortement réprimé dans les sociétés modernes (ou prétendues telles…). Il est important de savoir qu’Amina n’exprime pas réellement un désir sexuel pour ses enfants. Elle n’est pas du tout pédophile. Elle exprime sa peur de ressentir du désir. Ce qui la ramène à sa propre frustration, laquelle la culpabilise.
Amina comprend confusément que sa confiance en soi ne peut se reconstruire qu’en reprenant sa liberté. Son autonomie. C’est ce qu’elle fait un an après sa dernière consultation. Quelque temps plus tard, elle m’adresse un mail. Elle m’écrit que la vie n’est pas toujours rose. Mais tout va beaucoup mieux.
Amina retrouve d’elle une image positive. Sa peur d’être pédophile a disparu. Elle apprend à se faire plus confiance. S’affirme. Prend des risques. Ne subit plus. En un mot, elle vit! Quel courage! C’est sa victoire. Elle peut en être fière.
Une peur injustifiée mais envahissante
La phobie d’impulsion sexuelle est une forme de phobie d’impulsion, caractérisée par la crainte obsédante de commettre un acte sexuel inapproprié ou immoral, sans en avoir le désir réel.
Les personnes concernés sont envahis par des pensées intrusives, souvent en contradiction avec leurs valeurs et leur personnalité, ce qui génère une profonde détresse. Cette phobie est fréquemment associée au trouble obsessionnel compulsif (TOC), où les obsessions sont des pensées récurrentes et indésirables, et les compulsions des comportements répétitifs visant à neutraliser l’anxiété provoquée par ces obsessions.
Manifestations cliniques : quand la peur prend le dessus
Les individus souffrant de phobie d’impulsion sexuelle éprouvent des pensées intrusives concernant des actes sexuels inappropriés, souvent dirigées vers des proches ou des inconnus. Ces pensées provoquent une anxiété intense, de la culpabilité, et une peur irrationnelle de passer à l’acte, bien que le risque réel soit extrêmement faible. Pour atténuer cette anxiété, certains adoptent des comportements d’évitement ou des rituels compulsifs, tels que vérifier constamment leurs actions ou éviter les situations où les pensées pourraient survenir.
Les origines de la phobie d’impulsion sexuelle
Les origines de la phobie d’impulsion sexuelle oscille entre facteurs psychologiques et biologiques.
Les causes de la phobie d’impulsion sexuelle sont multi factorielles. Elles induisent des facteurs génétiques, des déséquilibres neurochimiques impliquant la sérotonine, et des antécédents personnels tels que des traumatismes ou une éducation stricte concernant la sexualité.
Les personnes ayant une tendance au perfectionnisme ou une sensibilité accrue à la moralité sont également plus susceptibles de développer ce type de phobie. La culpabilité excessive et la peur du jugement peuvent exacerber les symptômes, créant un cercle vicieux d’obsessions et d’anxiété.
Approche thérapeutique : vers une gestion efficace de cette phobie
Le traitement de la phobie d’impulsion sexuelle repose principalement sur la thérapie comportementale (approche systémique de Palo Alto) qui aide les patients à identifier et restructurer leurs pensées irrationnelles.
La thérapie brève recèle des exercices qui favorisent un lâcher prise rapide sur les pensées intrusives et un retour à la normale pérenne.
Dans certains cas, des médicaments antidépresseurs, notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), peuvent être prescrits pour réduire l’intensité des obsessions et de l’anxiété associée.
Briser le silence autour de la phobie d’impulsion sexuelle
De nombreuses personnes souffrant de cette phobie hésitent à consulter par honte ou peur d’être mal compris, ce qui retarde le diagnostic et le traitement approprié.
Les témoignages de personnes ayant surmonté cette phobie sont essentiels pour démystifier le trouble et encourager d’autres à chercher de l’aide. La sensibilisation du public et des professionnels de la santé mentale est cruciale pour une prise en charge efficace et pour réduire la stigmatisation associée à ce trouble.
Questions fréquentes
Comment savoir si on a une phobie d’impulsion ?
La phobie d’impulsion se manifeste par des pensées intrusives et angoissantes, souvent en contradiction avec les valeurs et la morale de la personne. Elle se traduit par une peur irrationnelle de commettre un acte grave (violent, immoral ou inapproprié) sans en avoir la moindre envie réelle.
Cette peur s’accompagne d’une anxiété intense, d’un besoin de se rassurer constamment, et parfois de comportements d’évitement pour réduire le stress. Contrairement aux troubles psychopathiques, les personnes atteintes de phobie d’impulsion ressentent un profond malaise face à ces pensées et n’ont aucune intention de passer à l’acte.
Comment stopper la phobie d’impulsion ?
La phobie d’impulsion peut être traitée grâce à la thérapie comportementale Palo Alto, qui aide à désensibiliser la personne aux pensées intrusives et à casser le cercle vicieux de l’anxiété.
Les techniques comportementales issues de l’approche stratégique brève sont particulièrement efficaces. Elles consistent à agir de façon paradoxale sur les pensées obsédantes sans que l’on cherche à les contrôler. Dans certains cas, un traitement médicamenteux (antidépresseurs ISRS) peut être prescrit pour réduire l’intensité de l’angoisse. Plus tôt la prise en charge est effectuée, plus les chances de guérison sont élevées.
C’est quoi un TOC sexuel ?
Le TOC sexuel est une forme de trouble obsessionnel compulsif (TOC) où la personne est envahie par des obsessions à caractère sexuel, souvent angoissantes et en contradiction avec ses désirs réels.
Ces pensées intrusives peuvent concerner la peur de commettre un acte inapproprié, une hantise de ne pas contrôler ses pulsions, ou encore des inquiétudes excessives sur son orientation sexuelle. Pour calmer cette anxiété, certains développent des rituels compulsifs, comme des vérifications mentales, des prières ou des évitements de situations spécifiques.
Pourquoi a-t-on des phobies d’impulsion ?
Les phobies d’impulsion trouvent leur origine dans un mélange de facteurs neurologiques, psychologiques et environnementaux.
Elles sont souvent liées à un trouble anxieux, comme le TOC, où le cerveau attribue une importance excessive aux pensées intrusives. Une éducation stricte, une culpabilité excessive ou un perfectionnisme moral peuvent aussi favoriser leur apparition. La peur de perdre le contrôle est au cœur du problème, même si, paradoxalement, ces pensées n’entraînent jamais d’actions réelles.
Qu’est-ce qu’une pensée phobique ?
Une pensée phobique est une idée irrationnelle et envahissante qui génère une anxiété disproportionnée face à un danger inexistant ou très peu probable.
Contrairement à une simple inquiétude, la pensée phobique est persistante, incontrôlable et souvent absurde, ce qui renforce l’angoisse et le besoin d’évitement. Elle est au cœur de nombreux troubles anxieux, comme les phobies spécifiques, le trouble obsessionnel compulsif (TOC) et les phobies d’impulsion.
Qu’est-ce que la phobie d’impulsion sexuelle ?
La phobie d’impulsion sexuelle est une peur irrationnelle et angoissante de commettre un acte sexuel inapproprié, bien que la personne n’en ait aucune envie réelle.
Elle se manifeste par des pensées intrusives et obsédantes, accompagnées d’une grande détresse émotionnelle. Cette phobie est fréquemment associée au TOC, et peut concerner des scénarios totalement contraires aux valeurs de l’individu (inceste, pédophilie, agression). Il est important de comprendre que ces pensées ne traduisent pas un désir caché, mais uniquement une peur de l’interdit amplifiée par l’anxiété.
Quelle est la peur de faire quelque chose de mal ?
La peur excessive de commettre une faute morale, un acte interdit ou une erreur irréparable est appelée phobie d’impulsion ou TOC de la moralité.
Elle se manifeste par une hyper-responsabilité où l’individu se sent coupable de pensées qui vont à l’encontre de ses valeurs. Cette anxiété peut conduire à des comportements compulsifs (vérification, évitement, rumination mentale) dans une tentative de se rassurer.
Malgré ces pensées angoissantes, les personnes atteintes de ce trouble ne passent jamais à l’acte, leur angoisse étant justement la preuve qu’elles rejettent totalement ces idées.
Comment ne plus avoir peur d’être pédophile ou incestueux ?
La peur irrationnelle d’être pédophile ou incestueux est un symptôme classique du TOC sexuel et de la phobie d’impulsion sexuelle.
Pour s’en libérer, il est essentiel de comprendre que ces pensées ne reflètent pas un désir réel, mais un trouble anxieux. La thérapie comportementale stratégique et brève est particulièrement efficace pour désensibiliser la personne à ces pensées intrusives.
Éviter d’analyser ou de chercher à prouver qu’on n’est pas “coupable” est une étape clé, car l’excès de contrôle entretient l’angoisse. Dans certains cas, un accompagnement médicamenteux peut aider à diminuer l’anxiété et à retrouver une sérénité mentale.
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