La dictature du bonheur: Soyez heureux, c’est un ordre!

Cela fait plus de 20 ans que je m’occupe de personnes qui cherchent à soigner l’angoisse, traiter l’anxiété, vaincre la phobie, soigner une dépression. A tous ces sujets, quelque chose m’interpelle sans cesse. Une sorte de comportement qui nous adresse un message qui m’inspire une ode récurrente à la dictature du bonheur. Un plaidoyer constant où celles et ceux qui ne comprennent pas qu’être heureux, c’est obligatoire.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous. Avez-vous parfois, si ce n’est tout le temps, l’impression que chez les autres c’est bien alors que chez vous c’est la guerre au Liban? Vous arrive t’il d’avoir cette terrible impression que, quoique vous fassiez, rien ne va. Avez-vous ce pénible et fréquent sentiment qu’alors que vous faites tout pour vous en sortir du mieux possible, il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui met à terre vos ambitions de bien être?

Vous arrive t’il d’avoir l’impression que, lorsque vous essayez de suivre des principes de bonheur dûment asséné par des marketeurs enfiévrés, vous n’arrivez pas à grand chose, si ce n’est de considérer que, décidément, vous êtes un bras cassé? Un bon à rien ou à pas grand chose.

La dictature du bonheur: L’obligation de réussir

Si tel est le cas, alors nous sommes vraisemblablement quelques millions à partager cette impression désagréable et tenace. Alors, je me suis posé une question. Une parmi d’autres, dont il est vrai qu’elle m’escagasse quelque peu. Et si nous n’étions pas responsable de notre échec, ou présumé tel? Et si tout cela reposait sur la dictature du bonheur? Celle là même qui, par définition, fait que, dans tous les cas, notre quête est vouée à l’échec. Et pourquoi est-elle vouée à l’échec?

Nous y prendrions nous de la mauvaise façon? Autant de questions, comme bien d’autres, à propos desquelles je vais partager mon point de vue avec vous. Vision à propos de laquelle, bien sur, vous n’êtes pas obligé d’être d’accord. N’est pas dictateur qui veut.

D’après un dictionnaire bien connu, la dictature c’est, je cite: “Un pouvoir absolu exercé par une personne ou un groupe dans un domaine particulier“. Ce qui est lié à la tyrannie.

Définition de la dictature du bonheur

Depuis des années, nous sommes sournoisement abreuvés de messages en tous genres. Ces informations, relayées par les médias, nous répètent à l’envi qu’il existe des méthodes simples pour être heureux. Dans le même temps, il nous est dit deux choses très contradictoires. Premièrement, nous avons les moyens de vous aider à vous rendre heureux. Sous-entendu, vous ne l’êtes pas. Deuxième volet du message. Si vous ne faites pas ce que l’on vous indique de faire, vous êtes mauvais.

La nature humaine est ainsi faite qu’elle ne peut s’empêcher de se comparer au reste du monde. Il y a fort à parier que la plupart de celles et ceux qui le peuvent se jettent sur ces méthodes sans objectivité. Ainsi, il suffit de quelques mots et phrases intelligemment construits pour nous épater. Nous faire saliver. Faire monter la sève du désir. Et la frustration du plaisir totalement impossible.

L’obligation au bonheur ou comment échouer

Parce qu’en fait, de quoi s’agit-il? Le premier point, c’est de nous marteler que nous ne sommes pas ceci ou cela. Le second est que nous devons donc être cela ou ceci. Le troisième, que si nous n’avons pas les moyens d’évoluer, d’autres peuvent les mettre à notre disposition. Enfin, que si vous ne faites pas ce qu’il vous est quasiment enjoint de faire, ne vous plaignez pas. Il suffit d’assemblages verbaux bien marketés pour appâter le chaland. Comme un appât sur une canne à pêche. Il faut que cela brille. Que cela donne l’illusion. Ferrer la bête. C’est l’objectif.

Celle ou celui qui résiste à l’appât, ou s’en tient à l’écart, prend des risques. Au mieux, de ne pas partager le bien être ou présumé tel du plus grand nombre. Au pire, il continue à se sentir angoissé ou anxieux faute d’utiliser des méthodes qui, pourtant, nous dit-on, ont fait leur preuve sur le plus grand nombre.

Et là, que se passe t’il? Sachant que si nous ne fonctionnons pas comme tout le monde, nous prenons le risque d’être exclu. Mis à l’écart. Nous courrons le risque de nous sentir différent. Même si, sur cette notion de différence, d’autres messages, avec d’autres objectifs, nous informent que la richesse naît de la différence.

La dictature du bonheur: Vivre ou mourir

Voilà à quoi tient cette dictature du bonheur. Si vous n’êtes pas heureux alors que nous vous en offrons les moyens, c’est de votre faute. Si vous ne vous comportez pas de façon adaptée – répondre favorablement à notre offre -, vous en êtes quitte pour souffrir. Et voilà que la culpabilité fait son apparition. Comme pour nous dire qu’il ne tient qu’à nous. Et dans le cas où nous sommes résistant, de multiples messages qui disent la même chose sous un angle différent nous sont adressés. Cela s’appelle de la publicité.

Le parcours que je viens de vous expliquer est celui là même sur lequel les marketeurs et les publicitaires font leurs courses. Celui de la manipulation. De l’ordre caché. Une peur souterraine savamment distillée. C’est la dictature du bonheur au sens où, comme le laisse entendre la définition citée précédemment, il s’agit d’exercer un pouvoir absolu sur une personne. Ou un groupe. Ceci pour qu’ils prennent une décision conforme à un objectif.

La dictature du bonheur: Une contrainte permanente

Pour s’assurer de la satisfaction de l’objectif, vont être exercées des pressions renouvelées sur des groupes. Tôt ou tard, ils fléchissent et satisfont l’ordre donné et réitéré. Dans le cas contraire, vous êtes voué aux gémonies. Vous passez pour un “has been“. Quelqu’un qui n’est pas dans le mouvement. Quelqu’un de résolument passéiste. Anti moderne. Enfin, c’est le risque.

J’écris que c’est le risque parce que le système sait, plus tard et de façon opportune, vous faire savoir que vous êtes à la dérive. Mais, mais, mais… Il n’est peut-être pas trop tard pour agir moyennant quelques petits arrangements. Si vous n’y accédez pas, attention! Vous allez tout perdre. Progressivement. En fait, la dictature du bonheur c’est un peu comme un interrogatoire. On exerce sur vous une pression continue sur vous. Passez aux aveux. Passez à l’acte.

Cela donne toute son importance au temps. Tôt ou tard, vous fléchissez. D’ailleurs, on fléchi tous. En matière de dictature du bonheur comme dans la plupart des domaines de nos vies.

Les modes d’expression de la dictature du bonheur

Résister à la dictature du bonheur est aussi difficile que de ne rien dire à celle ou celui qui, depuis 3 minutes, vous colle régulièrement une claque derrière la tête pour vous faire réagir. Si vous ne dites rien, la pression s’accentue. Si vous dites quelque chose, ou réagissez mal, vous passez pour un mauvais coucheur alors que l’autre ne veut que s’amuser.

Résister à la dictature du bonheur c’est comme ne rien dire face à la mauvaise foi. A l’arrogance. Ou à la bêtise. La difficulté n’est pas tant de résister à la dictature du bonheur. C’est de vous ouvrir au vôtre. Tel que vous le concevez. Si tant est que vous en ayez une idée. Il est vrai que c’est là que les choses se compliquent.

Parmi tout ces océans de bonheur proposés, est-ce que j’ai le droit d’aller mal? De me sentir mal? Je suis désolé de plomber l’ambiance, mais je crois que j’ai toutes les peines du monde à partager un bonheur auquel je ne m’identifie pas.

La dictature du bonheur: Être un winner ou rien

Si j’en crois les grands principes de la consommation, voire de la grande consommation, pour être reconnu, il est important de consommer  tous de la même chose. Le même produit. De valeur tant qu’à faire. En effet, n’est pas là même, celle ou celui qui roule dans une BMW que celle ou celui qui roule dans une Dacia. Même s’il y a fort à parier que l’un et l’autre n’ont pas la même vision du bonheur.

Il y a celui qui mange des pommes de terre pour remplir le grand réservoir de sa voiture. Il est heureux de montrer sa belle auto. Excité d’être identifié comme un “winner“. Mais bien triste quand, seul, dans son studio sans âme, il aspire à sa prochaine sortie dans sa belle auto. Il y a le propriétaire de la Dacia qui, lui, ou elle, mange peut-être à sa faim. Il peut remercier sa petite auto qui lui coûte si peu. Mais est vivement moqué par les chantres de l’esthétisme, parce que sa voiture. Quand même. Mais, il a son petit bonheur à lui.

L’un comme l’autre répondent à des messages sociaux et affectifs qui conditionnent leur choix. L’un comme l’autre, sur la vision de leur bonheur fantasmé répondent positivement à une image. Pour être heureux, faites ceci. Si vous ne le faites pas, vous êtes cela. C’est en permanence, dans tous les domaines de notre vie, la dictature du bonheur. Être heureux passe par la consommation ou l’usage répété d’un certain nombre de choix et de comportements qui nous sont été savamment distillé.

La dictature du bonheur: Le régime de la peur

Nous vivons dans une ère où la peur de la frustration le dispute à l’horloge. Tout doit aller vite et être conforme aux diktats d’un certain nombre de personnes. Ceux-là mêmes qui détiennent un pouvoir. Le pouvoir de savoir nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Nous sommes de plus en plus éduqués dans cette idée qui veut que le temps passe. Qu’il nous fait nous décider instantanément. Si je ne fais pas de suite ce à quoi je pense, je suis malheureux. Si je ne porte pas les dernières chaussures à la mode, je suis un loser. Je ne suis pas à la mode.

Cahincaha, nous apprenons à vivre dans la peur. Celle du manque. Celle d’être jugés par nos pairs. Ou nos maires (Oups!). En matière de mode, ne parle-t-on pas de “dictature de la mode”? La dictature, c’est la magistrature suprême et extra ordinaire exercée dans l’empire romain. Vous voyez ce que je veux dire? C’est l’exercice du droit de vie et de mort. Tu réponds favorablement, tu restes en vie. Sinon, t’es mort.

A l’instant où j’écris cette ligne, ma messagerie m’informe d’un message. C’est un éditeur web qui me dit que si je ne donne pas suite à son message automatique, il me raye de ses listes de prospects. La boucle est bouclée.

Comment résister à la dictature du bonheur

Existe t’il vraiment un moyen de résister à la dictature du bonheur? Honnêtement, je ne sais pas. Je pense que chacun d’entre nous peut avoir la sienne. S’il le souhaite. S’il ou elle ne se sent pas victime de la dictature du bonheur, nul n’est besoin de résister. Dans le cas contraire, je vous explique brièvement comment il m’arrive de faire.

Ce que je fais est simple. Voire basique. Je prends le temps. Et cela me coûte une fortune dont je n’ai pas les moyens. Je prends le temps de m’inspirer. Je prends le temps de comprendre. Celui d’assimiler. Je prends le temps de voir poindre mon désir. Pas de contraintes. Je préfère penser que l’on ne me vend rien. Que c’est moi qui achète. Or, pour que j’achète, il faut bien que je le veuille. Ou non. Que je sois sensible à tout ou partie d’un message que je vois et revois. De façon consciente ou pas. C’est tout l’art de la publicité.

Résister à la dictature du bonheur, et à son langage, c’est prendre le temps. Celui de vivre. Celui d’assumer que, quelles que soient mes émotions liées aux ressentis d’une frustration, j’ai le droit de choisir. J’ai le droit de jouir de ma frustration.

La dictature du bonheur: Donner du sens

J’ai le droit de me sentir mal. Même si certaines personnes pensent que j’ai tout pour être heureux. J’ai le droit d’exprimer mon désaccord. Même si cela déplaît. Même si cela me vaut exclusion. J’ai le droit d’être insensible à une œuvre d’art que la plupart encense. Dussè-je passer pour un inculte. J’ai le droit de satisfaire à mon évolution telle que je la conçois. Et non comme d’aucuns me l’imposent. J’ai le droit d’être un mouton noir. Et non un mouton bêlant. Et si je veux être ce dernier, personne n’a le droit d’en juger.

Mon bonheur c’est d’essayer de donner un sens à ma vie. Mon bonheur, c’est d’accepter que, parfois, je suis triste. Que, parfois, je suis en colère. Et que rien ni personne n’y peut rien changer. Mon bonheur, c’est ce que je m’offre. Et ce que je me refuse. En conscience. Mon bonheur, c’est celui de faire des choses qui me procurent des émotions. Qui donnent un sens à ma vie. Car, mes émotions, c’est ma vie. Et ma vie, j’essaie de la vivre. Et de la penser. Même si, parfois, ou souvent, je vous le concède, je la pense mal.

Un jour, quelqu’un m’a dit que j’étais un être de conflit alors que je refusais d’obtempérer à une injonction. Cette personne n’imagine pas l’impact que son propos a eu sur moi. M’opposer n’est pas la réponse que j’eusse souhaité produire. C’est la seule que j’ai trouvé et qui me renvoie de moi une image positive. Je me suis affirmé.

La dictature du bonheur: Comment s’affirmer

Résister à toutes formes de dictatures, tel pourrait être mon bon plaisir. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir peur. Parfois, je suis angoissé. Mais je ne suis pas dupe. Je prends le risque d’être seul en résistant à la dictature du bonheur. Mais, in fine, je ne suis jamais seul.

Alors, heureux, si je veux. Et comme je veux. Et surtout pas comme certaines huiles m’en donnent l’ordre. Sans pensées ni libre arbitre. L’impression d’être sous le contrôle de quelqu’un ou d’un système m’est insupportable. Faire comme tout le monde m’est quasi impossible sans que, pour autant, je veuille me démarquer. Cela ne fait pas de moi quelqu’un d’incontrôlé. Ou d’incontrôlable. J’ai conscience d’évoluer en liberté surveillée. Mais j’aime l’idée de jouer avec mes geôliers.

La dictature du bonheur: Restons humble

“L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser: une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer.
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Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.
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Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: Voilà le principe de la morale”.
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Blaise Pascal – “Pensées

 |  Frédéric Arminot

Comment reprendre le contrôle de votre vie facilement et rapidement

6 Commentaires: “La dictature du bonheur: Soyez heureux, c’est un ordre!”

  1. Bonsoir,

    Je vous adresse mes excuses. Le coup du “salon de thé et de la plage” vient effectivement de moi. C’est ma formule quand je suis confronté à diverses déconvenues qui consistent à ce que des personnes prennent plusieurs fois des rendez-vous qu’ils n’honorent pas, ou quand d’autres personnes, parfois les mêmes, ont beaucoup de retard à leur consultation de diagnostic et font comme si de rien n’était en râlant parce que leur demande n’a pas pu être satisfaite. Sans doute ais-je manqué de vigilance à votre sujet puisque vous dites que c’est moi qui n’avais pas honoré votre consultation initiale, ou vous ais-je confondu avec quelqu’un d’autre.

    Quand aux consultations sur Skype, je peux honorer cette fois-ci ce que je n’ai pas fait la fois précédente. Si vous le souhaitez, vous pouvez prendre rendez-vous en cliquant sur ce lien: https://fredericarminot.com/calendrier/

    Bonne soirée. Bien à vous.

  2. Diel dit :

    Merci pour vos réponses !

    Bien sûr que vous êtes humain, je n’en doute pas. C’est une mésaventure qui m’a laissé un peu amer. J’ai changé d’e-mail depuis, c’est pour cela que je ne suis pas dans vos registres.
    Cet incident s’est déroulé lorsque je suis tombé sur vos vidéo, disponibles sur Youtube. Et parce qu’elles me semblaient d’une grande justesse, je vous ai contacté pour une session via Skype. J’ignore si c’est tjs d’actualité. Nous avions convenu d’un rdv que vous n’aviez pas pu honoré mais aussitôt proposer une autre “rencontre”. J’ai évidemment accepté en disant espérer ne pas avoir d’imprévu. Ce qui sous-entendait que je voulais vraiment pourvoir y assister sans être dérangé. À cela j’ai une réponse très méprisante… “Je ne tiens pas un salon de thé je vais me promener sur la plage”. Voilà pourquoi je n’ai jamais consulté 😀

    En tous les cas j’espère avoir apporter ma petite contribution à votre site.

    Bon week-end à vous.

  3. Bonjour Diel,

    De mémoire de comportementaliste, je n’ai jamais “envoyer bouler” (dixit) qui que ce soit. Dans mon agenda de rendez-vous, j’ai regardé si votre adresse mail correspondait à celle de quelqu’un avec qui j’ai pu, d’une façon ou d’une autre, être en contact. Je n’ai rien trouvé.

    Il peut m’arriver d’être courroucé par le comportement de certaines personnes. Ce me semble humain. Mais, jamais, et je l’écris à dessein, je n’ai envoyé bouler qui que ce soit. Ou alors, j’essaie d’y mettre les formes. Maintenant, que ce soit moi ou un confrère, je suis désolé que vous l’ayez vécu comme tel.

    N’aurions nous pas droit, tout thérapeute que nous sommes, à nos petits sauts d’humeurs?

    Bien à vous

  4. Bonjour,

    Je trouve votre commentaire d’une grande richesse et vous suis reconnaissant d’avoir pris la peine, et le temps, de l’écrire. J’espère que les personnes qui parcourent ce blog sauront en tirer profit.

    Encore merci! Bien à vous.

  5. Diel dit :

    Finalement en me promenant sur votre site je m’aperçois que vous êtes le comportementaliste qui m’avez envoyé bouler en ligne l’année dernière. Je crois donc qu’il est inutile de vous fatiguer à valider mon commentaire.

  6. Diel dit :

    Bonjour !

    Je suis dépité de constater que personne ne laisse des commentaires sur ce fabuleux article…
    C’est exactement ce que je ressens. J’ai l’impression d’avoir l’esprit sauvage tant la pression du bonheur est accablante !

    Le mal-être se traduit de mille et une façon, faisant se développer des maux à n’en plus finir. J’ai donc remarqué une chose à ce propos : on le diabolise vraiment ce pauvre mal-être. Et je ne le supporte plus. J’entends et lis souvent qu’il faut s’en débarrasser, se guérir. Je trouve cela assez réducteur, voir carrément violent. Les gens en parlent comme d’une tare qu’il faut impérativement éradiquer. Tout le monde souhaite s’en défaire et j’ai l’intuition que le problème est justement là.

    On dit que la société d’aujourd’hui engendre ce mal-être et c’est certainement vrai. Sans se déresponsabiliser, il faut admettre qu’il y a une pression ambiante avec “toutes ces voix” qui nous dictent sans cesse qu’on doit être au top à tous les niveaux. Mais voilà… cette satanée mentalité se répercute également sur notre désir de bien-être. J’observe souvent des diatribes (un peu fort je sais) du genre : “rester positif”, “lutter contre”, “vaincre”, comme si ce n’était pas naturel de se sentir profondément éprouvé ? Quand je suis à la recherche de conseils ressemblant davantage à des consignes je n’ai franchement pas envie de faire l’effort. Ou plutôt de me forcer. Se forcer et faire l’effort comportent une nuance importante je crois. Je suis d’avis qu’il faut poursuivre sa vie malgré une avancée difficile, car notre existence est légitime. Mais cette fichue pression… C’est d’ailleurs à cause de ce genre d’influence, ce “positivisme atmosphérique” que je me sens souvent plus bas que terre. Dés qu’on s’évertue à tout faire pour être heureux, émerge une sorte de superstition qui nous pousse à croire que le sort sera conjuré si on applique à la lettre ce qu’on nous dit de faire. Cette course au bonheur à tout prix est aberrante non ?

    Finalement la peur de ne jamais s’en sortir s’accroît. Vous avez des personnes qui recherchent désespérément des solutions et d’autres qui en proposent expressément. Puis obtenir des résultats devient une priorité absolue. S’extraire du mal-être qui nous ronge devient une guerre. S’extraire… alors oui on peut au moins essayer. Disons plutôt apprendre à vivre avec et constater quelques bénéfices. Nos souffrances ont la possibilité de se voir soulagées avec une aide extérieure ou des activités régénératrices. Néanmoins, encore une fois, la pression intervient déjà à ce stade. Je parle en mon nom évidemment, parce que mes tourments commencent ici.

    Les dites solutions peuvent très vite se révéler être un véritable casse-tête. Bah moi je tire la gueule à sujet. Ce qui marche pour les uns ne marche pas forcément pour les autres. C’est oppressant, culpabilisant, angoissant cette avidité à trouver le truc qui fonctionne. Rien que le terme “chercher des astuces” sonne comme une idée de contourner le mal-être, de lui tourner le dos. Il n’est pas question de s’en contenter (et quand bien même c’est le cas qu’est-ce que cela peut bien faire ?) pourtant dire que le “négatif” existe n’est pas un blasphème . On ne peut décemment pas renier cette part de nous-même. Je sais qu’il est très dur de vivre avec cela, c’est mon quotidien. Mais c’est d’autant plus difficile lorsqu’on s’ordonne de s’en débarrasser par tous les moyens comme s’il s’agissait de quelque chose de maléfique ! Il faudrait déjà dé-diaboliser tout ça avant de désirer le bonheur. Là je trouve qu’on se sent déjà mieux. Parce qu’à trop vouloir se sentir apaiser, à vouloir trop bien faire, on s’enfonce. Vous vous horrifiez à l’idée de ne pas y parvenir en pensant vous planter.

    Lorsque je m’attarde par exemple sur des exercices tels que “contrôler sa respiration”, “contrôler ses crises d’angoisse” ou pire “faire disparaître définitivement…”, de suite j’ai le bourdon. Contrôler contrôler contrôler ! J’ai horreur de ce mot. C’est justement parce qu’on est en plein dedans, dans le contrôle, qu’on se sent en détresse. Maîtriser coûte que coûte ce n’est pas vivre mieux, c’est se sentir étouffer, renier, refouler. Selon moi sombrer ne veut pas dire ne plus pouvoir se relever. Sombrer c’est stagné à la surface sans se demander quelle est la profondeur de son âme.

    J’ai la sensation qu’on nous prive du droit d’être malheureux alors qu’il est fondamental. Tout semble bon à être anéanti. Le bonheur n’est pas anormal que je sache ? Dans ce cas pourquoi la souffrance le serait ? C’est une émotion pure elle n’a rien de malsaine ! Il est d’ailleurs vrai qu’on ne se donne pas le temps de faire face. Nous n’avons plus la patience de souffrir si j’ose dire. J’aimerais moi aussi me sentir plus soulagé mais au dépend de quoi ? J’ai peur de sacrifier des infos importantes que tente de m’envoyer tous mes “symptômes”. Évidemment nous passons par des états effrayants, seulement je ne peux m’empêcher de penser qu’ils cherchent à établir un contact pour nous signifier quelque chose d’important. Et beaucoup de méthodes proposées me donnent cette sensation de répression. Faire ceci, faire cela, faire comme ça… blablabla. Je comprends tout à fait qu’on veuille aller mieux, moi-même j’y aspire. Sauf que j’en ai carrément ma claque d’avoir une épée de Damoclès au dessus de moi. Marche ou crève c’est ça ?

    Les ténèbres sont capables d’être la lumière, sauf que nous l’ignorons. Le mal-être… on en a besoin car il est un rappel à nos besoins justement. Il nous révèle l’essentiel donc je ne vois pas l’utilité de s’en débarrasser. Je ne pense pas que tout irait mieux sans lui. C’est presque aliénant de penser “je prends la pilule de bonheur si elle existe”. L’absence de mal-être serait inhumain ! En voyant les choses ainsi je m’aperçois que je m’aime plus que ce que je pensais.

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